• Brimades

    La première fois, c'était avec un couteau. La deuxième fois, c'était avec une boite d'Athymil. La troisième fois, c'était avec une plaquette d'Abilify. Et la quatrième, c'était avec des somnifères au nom compliqué. La raison a toujours été la même... Brimades, brimades, brimades et encore brimades.

    C'était il y a pas mal de temps et je m'efforce tant bien que mal d'occulter ces mauvais souvenirs. Jusqu'au jour où, lorsque je suis allé à Amiens pour faire un entretien d'embauche, on m'a posé la question qui m'a achevé. "Vous déclarez avoir été victime, ne pensiez-vous pas plutôt avoir été le coupable ?".

    Comme quoi les déchets ne se trouvent pas que dans les lycées. Les déchets se trouvent partout dans la société. Autant en banlieue que dans les quartiers chics, autant dans la classe ouvrière que dans le patrônat, à gauche comme à droite. C'est plus ou moins la raison pour laquelle j'ai arrêté de me battre pour le futur de l'espèce humaine. Dans la réalité, les déchets n'évoluent jamais. Qu'ils soient habillés en sur-vêtements ou en costard cravate, ils restent des déchets jusqu'à la fin de leur existence de merde.

    Est-ce qu'il faut que je vous parle de la fois où on m'a balancé une balle de baby-foot dans l'oeil et que j'ai failli devenir borgne, en classe de seconde. Est-ce qu'il faut que je vous parle des multiples fois où, durant l'école primaire ou durant le collège, on me mettais la tête dans les chiottes, ou alors la tête en bas dans une poubelle. Ou encore les fois multiples où j'étais isolé volontairement et personne ne voulait me parler, même si j'engageais la conversation. Les coups de pieds, et les coups de poings, et mon sang qui coulait par terre. La fois où on m'a enfermé dans les chiottes et où on me crachait à la tête à travers la petite ouverture au-dessus de la porte.

    Bon, peut-être que ça ne vous suffit pas. Une fois, on a défoncé mon casier, que j'avais payé de ma propre poche, et volé mes affaires. Une autre fois, des élèves crachaient sur ma nourriture à la cantine. La surveillante a tout vu. Je suis allé le lui dire, et elle a soupiré en disant "Ooooh, franchement, on se croirait dans une cour de maternelle". Alors, du coup, voyany qu'ils avaient le champ libre, ils s'amusaient à arroser mon plateau avec la carafe d'eau et j'ai du faire leur service de table. A la cantine, ça ne s'arrêtait jamais. Ni à la cantine, ni dans les salles de classe, ni dans les cours et ni dans les bus qui nous emmenait sur les terrains de sport. Là, c'était reglé comme du papier à musique : des coups de pieds sur mon siège et autres humiliations étaient mon lot habituel de douleur. La prof regardait de l'autre côté, évidemment.

    Je vais volontairement occulter certaines des brimades que j'ai vécu. Il n'y a que durant mon BTS que j'ai eu la paix. A l'école d'ingénieurs, je pensais que ça allait être bien, comme durant le BTS. Quelle erreur grave j'ai fait. Cela a recommencé. "Je rêve où il y a un gros tas de merde dans la classe", "Enfant de dégénérée, ta mère elle a sucé combien de bites pour te nourrir", "Espèce de faible", "Tu t'es fait agresser ? Trop cool, va te faire violer maintenant" et autres.

    Le cauchemar a recommencé. Et là, les choses ont vraiment commencé à dégénérer. J'ai commencé à sécher les cours. D'abord, par journées, ensuite par semaines entières. Je n'étais pas très fainéant, c'est juste que je n'avais ni envie de sortir ni envie de revoir leurs têtes de déchets. Si c'était pour endurer, je préférais rester chez moi et tenter vainement de machiner un plan pour tous les exterminer, plutôt que d'être la cible des railleries quotidiennes.

    Si seulement j'avais disposé d'un lance-flammes, personne ne sait comment cette histoire se serait terminée. Ah oui, durant la fin de ma scolarité, seul ce mot tournait en boucle dans ma tête : "lance-flammes". Je marchais dans la rue, je voyais du sang partout. Sur les murs, il y avait du sang. Des cadavres volaient joyeusement dans le vent. Quand je croisais un passant, j'avais envie de le tuer. Quand mon chemin croisait celui d'une fille, j'avais envie de la violer.

    Inutile. Débile. Cassé. Ravagé. Limité. Bon à rien. Rien à faire.

    J'étais censé finir mes études avec un diplôme d'ingénieur, je les ai finies sur un lit d'hôpital. Quand je suis revenu au lycée, j'ai déposé ma démission et je n'ai même pas pris la peine de dire au revoir à qui que ce soit. Ni aux coupables, ni aux témoins du spectacle. Je ne peux pas travailler à cause des blessures que j'ai subies dans les lycées. Je n'ai jamais eu le courage de dire que je ne voulais pas y retourner, que je me faisais harceler. Je n'ai pas non plus eu le courage de péter la gueule de cet employeur Picard de merde. J'espère qu'il va crever, pour que je puisse vomir sur sa tombe.

    J'ai terminé mes études en 2012. Nous sommes en 2017 et encore aujourd'hui, je fais des cauchemars vis-à-vis du monde scolaire. Et ces cauchemars se passent presque toujours dans un lycée. Ca ne changera pas. Le futur, on en fait ce qu'on veut. Mais le passé ne changera pas. Maintenant je touche une allocation grassouillette et je fais ce que je veux avec. Je vis sans travailler et j'emmerde ceux à qui ça dérange. Je compte bien profiter de mon droit d'être heureux...


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